« Il fallait à ces chansons une part d’improvisation. Bien sûr, il y avait chez moi une démarche exploratrice et admirative dans le fait de travailler avec des jazzmen confirmés. Mais j’avais aussi besoin d’intégrer à mon vocabulaire un mot qui ne ressemble pas forcément à tout ce j’ai pratiqué depuis la fin de mes études aux États-Unis – le feeling. Dans la pop et dans la musique classique, il y a beaucoup de rigueur de l’écriture, des orchestrations très précises, le souci du détail, la justesse de la note... Pour aborder les chansons de Fred Astaire, il faut surtout garder le plaisir. »
Alors le chef d’orchestre classique et le chanteur de pop française a fait appel à des jazzmen – et quels jazzmen : André Ceccarelli à la batterie, Benoît Sourisse au piano et à l’orgue, Damien Prud’homme au saxophone et à la flûte, Jérôme Regard à la contrebasse.
« Ce disque est signé Stanislas mais c’est un disque de quintet. Ces musiciens sont évidemment virtuoses mais, quand ils lâchent les chevaux, on sent l’allégresse de cette musique. »
André Ceccarelli déploie une parade de cirque dans Top Hat, White Tie and Tails, Benoît Sourisse tisse un mouvant brouillard d’orgue sur Foggy Day, partout le groupe s’amuse et s’envole dans les pas du petit homme d’Hollywood au sourire radieux… Et une Américaine est même venue joindre sa voix à celle de Stanislas : complice et tendre, Robin McKelle a d’abord enregistré Let’s Call the Whole Thing Off dans une version strictement anglophone ; puis tous deux ont transposé en français et en anglais la situation du film Shall We Dance, dans lequel Ginger Rogers et Fred Astaire se chamaillent entre le parler bostonien et l’accent provincial américain. C’est cela la leçon de cette promenade au temps du noir et blanc : il n’est de bonheur que dans la légèreté. Bertrand Dicale |